L’interdiction de la colle rapide et les contrôles des raquettes

La colle rapideLa lutte contre les raquettes « dopées » est toujours difficile

 

Le 1er septembre 2008, l’ITTF avait mis en place une mesure choc : l’interdiction de la colle rapide. Annoncée seulement quelques mois auparavant, cette règle semblait quasi impossible à mettre en place, tant les solutions de remplacement de la colle rapide (booster, tuner, mousses à effet de colle) n’étaient qu’au stade embryonnaire. Mais le problème principal fût que l’ITTF elle-même n’était pas vraiment prête à pouvoir contrôler comme il faut les raquettes. Un flou lancinent survint alors dans les tournois où certains joueurs collaient encore mais pouvaient jouer car leur raquette passait le contrôle.

 

Texte : Laurent Langel, Photos : René Zwald

 

Quatre ans et demi après ce changement de règlement, faisons un point de la situation au tournoi international organisé par STT, la ville de Lausanne et le canton de Vaud, le Swiss Table Tennis Open, où une équipe d’arbitre procédait aux contrôles de raquettes, avec les machines les plus évoluées existant actuellement, hormis la machine contrôle de VOC.

 

Le système de contrôle est composé de deux machines. La première mesure l’épaisseur (qui doit être de 4mm au maximum, avec une légère hausse tolérée) alors que la deuxième mesure la concavité et la convexité (maximum 0,2mm de convexité et 0,5mm degré de concavité). En effet, quand on utilise du booster, voire encore de la colle rapide, le revêtement aura tendance à gonfler, donc d’augmenter d’épaisseur et ne plus être complètement plat. Outre ces deux machines, les arbitres chargés du contrôle vérifient si les revêtements utilisés sont bien autorisés par l’ITTF (liste mise à jour deux ou trois fois annuellement) et contrôlent la surface des raquettes, afin de voir si les revêtements ne sont pas trop grands ou à l’inverse trop petits.

 

Le contrôle après le match peut entraîner une défaite par forfait
Les joueurs, quand ils ont un match de programmé, ont deux choix : soit ils amènent leur raquette vingt minutes avant le début du match pour qu’elle soit contrôlée préalablement et autorisée à être utilisée, soit ils ne le font pas et leur raquette est contrôlée à la fin du match avec le risque de perdre le match par forfait si celle-ci n’est pas conforme. En effet, si en présentant la raquette avant le match et que cette dernière n’est pas conforme, elle sera simplement confisquée le temps du match et le joueur pourra utiliser sa deuxième raquette (qu’il devra bien évidemment faire contrôler aussi). Ce sont les joueurs, lors des championnats du Monde à Dortmund en 2012, qui ont demandé à l’ITTF de pouvoir faire les contrôles avant les matchs, afin d’éviter de perdre sur tapis vert des matchs gagnés à la table. A tout moment, les joueurs peuvent venir faire contrôler leur raquette de manière « volontaire » sans que cela n’ait aucune incidence. Il arrive que des revêtements fraîchement collés « légalement », à savoir avec la colle blanche, soient quand même trop épais, les joueurs veulent ainsi éviter toute mauvaise surprise.

 

Le contrôle des raquettesDes booster et des machines de contrôle pour 200 euros
Maintenant, les arbitres ne sont pas dupes, ils savent très bien que la majorité des joueurs du haut niveau modifient leurs revêtements pour qu’ils soient toujours à la limite de l’acceptable. L’ITTF ayant pris cette décision sûrement trop rapidement car pas assez préparée, les joueurs et les industriels ont toujours un temps d’avance en matière de contournement des lois. Il n’y a pas si longtemps, Bojan Tokic, 54ème joueur mondial et médaillé de bronze aux Championnats d’Europe en 2011, dans une interview parue sur un site internet spécialisé, avouait que comme tout le monde, il utilisait du booster, et que tant que cela était considéré comme régulier par les machines, cela voulait dire que c’était permis. Il faut savoir qu’une grande majorité des joueurs du haut niveau mondial, et même en dessous, ont acheté les mêmes machines (environ 200euros d’investissement) que l’ITTF afin de pouvoir préparer au mieux leur raquette.

 
Nous pourrions tirer un parallèle entre les boosters et tuners dans le tennis de table et le dopage dans le cyclisme. Du moment que cela existe, pour être au niveau de ceux qui trichent, les sportifs professionnels se trouvent contraints de tricher eux aussi, sinon ils n’ont pas la possibilité de se battre à armes égales. Bien que l’on puisse compenser une raquette plus lente par une meilleure technique et un meilleur physique, la puissance obtenue grâce à une raquette plus rapide fera certainement la différence contre des joueurs de même niveau technique et physique justement.

 

Le problème est loin d’être réglé, il faut espérer que l’ITTF rattrape son temps de retard afin d’éradiquer pour de bon les boosters/tuners et que chacun se batte à armes égales.

D’ailleurs, seules quelques raquettes n’avaient pas passées le contrôle pré-match à Lausanne, mais justement dû à un collage peu de temps avant de revêtements neufs, donc trop épais.